Cascades de glace alpines, 2026

 


 


 


1er février 2026


La saison est déjà bien avancée, il serait temps de tâter un peu du piochon. Concertations habituelles avec Matt, nous sommes tous deux peu enclins à aller faire la queue à Kandersteg. Comment dire, nous avons grimpé bien assez de lignes là-bas pour ne pas être en manque, même s’il reste toujours quelques idées à réaliser dans ce qui est la Mecque de la cascade.


Notre choix se porte sur « Schöne Bescherung », à Engelberg, au pied du Schlossberg. Une graine a germé en août dernier quand nous nous sommes pris un monstre orage après une belle journée d’escalade ; les chutes d’eau qu’il y avait par-là sont resté dans un coin de nos têtes. 


C’est le genre d’aventure où l’on sait quand on part, mais on ne sait jamais trop à quelle heure on revient. Mais mon oeil aiguisé repère le petit magasin où j’aime bien acheter du réconfort pour patienter dans les habituels bouchons du retour, il ferme à 18h ; la deadline est fixée. Aussi, c’est skis aux pieds que nous montons ce vallon très austère et désert à cette saison. La ligne est décrite comme engagée, dans un environnement alpin, avec la mention qu’elle fait partie des 50 plus belles de l’ouest de la Suisse ; de quoi nous plaire. Pas trop dure sur le papier, il y a quelques passages bien délicats, avec neige et mauvaise glace où il faut se faire léger.


Je fais l’amer constatation que je n’ai plus les « balloches » pour assumer ma partie en tête. Le cerveau cramé, ultra-conscient des sensations de terreur que cette activité procure quand on est devant et que je ne veux plus revivre. Une page s’est tournée, je me contente de recevoir des blocs de glace, suivre la corde, récupérer les vis et taper mes pioches n’importe comment. Frustré et soulagé à la fois de cet état de fait. Si je regarde en arrière, je suis un glaciériste comblé de choses accomplies armé de crampons et piolets. Ma relation toxique avec cette matière a parfois failli me perdre et désormais, si j’y fait de temps en temps une petite visite de courtoisie, dans de belles lignes comme celle-ci, je ne veux plus retomber dans l’addiction qui était mienne. Cela dit, l’activité fait partie de mon métier et je reste volontiers à dispo, pour de l’initiation en particulier.


 Pour le reste, on ne va pas trop en dire vu que ce que l’on recherche dans ce genre de virée, c’est de l’aventure, pas de crocheter dans les trous des nombreux passages précédents. La ligne est longue, belle, le coin aussi. Attention, la dernière longueur reçoit le soleil, c’était bien mou à l’heure de la remonter. De plus, on peut voir l’ensemble de la cascade facilement sur la webcam de Fürenalp.


Quelques grands rappels, puis on chausse les skis dans une poudreuse de rêve jusqu’au Stäfeli. De là, la longue route qui mène à la voiture est avalée en quelques minutes de glisse. Encore une belle journée passée ensemble qui a bien roulé, en hiver cette fois dans ce coin que nous aimons bien. Pour confirmer ce que je dis, il est 17h58 lorsque je passe la porte du petit supermarché, la bave aux lèvres, assoiffé, c’est ça être des pros du timing.


 


7 janvier 2026 


Ca fait quelques jours que le froid est  là, il devrait bien y avoir quelques glaçons dans le coin, et des glaciéristes aussi. Je tente une petite sortie. A Court, à voir les voitures sur la place de parc, je me dis que ce n'est pas la peine de monter, c'est plein. Direction prise, le Pichou. Si je peux franchement oublier de refaire un jour "l'intégraaale du Pichou", le Forgeron paraît nickel, quoique pas très large, il doit y avoir moins d'eau. C'est 4 voitures que je découvre sur la petite place du barage. Une cordée alémanique, qui a tout comme moi renoncé aux Gorges de Court s'en va, broucouille, comme on dit dans le bouchônnois. Les autres, encore 6 au total, dont je connais une partie, ont installé 2 moulinettes sur le beau relais inox placé en 2010. Un mot après l'autre, un peu de patience, et je peux tâter du piochon sur les 2 lignes faisables, les conditions étaient top. Content d'avoir des glaçons comme ça près de chez nous, quand la nature le veux bien. Les pratiquants ont bien raison d'en profiter. Merci l'équipe.


 


 


Rape of innocents, Urnerboden, suisse centrale


14 janvier 2024,


Des envies de glaçon, des intuitions nées de nos trop nombreuses topo-thérapies, et nous voilà partis, sans aucune info, pour la Suisse centrale à Urnerboden plus précisément, comme quoi la fortune souris quelques fois aux audacieux. Le fameux site de « couennes » glace et mixte, à deux pas du gîte n’est pas en conditions, à part pour ceux qui aiment quand il y a beaucoup de caillou bien sûr. Après une bonne nuit sur place, nous chaussons les skis en direction du Teufelkessel, sous le col du Klausen. Et là, la géniale ligne de « Rape of innocents » apparaît, elle est formée, bingo ! Bien plus fine que sur le topo, elle risque de sérieusement piquer.


Matt est chaud bouillant pour attaquer, moi qui suis malade et faible depuis le début l’année, et bientôt d’un âge… disons avancé, ne suis pas d’humeur à me battre. De plus, les 25 mètres de dry tooling ne me tentent pas le moins du monde. Laissons faire la fougue de la jeunesse, le premier spit, avec un mousquet du but ne s’est pas laissé atteindre aisément, loin de là. Notre sentiment sur cette longueur est mitigé, pourtant ce rocher délité et glissant est le ticket d’entrée pour atteindre la glace, mais que c’est moche !


Cela étant fait, place au dessert. Une raide colonne de 20 mètres puis une zone facile mène au 2e relais, je suis dans le rouge, pour une première de la saison, ça déchire ! La 3e est encore mieux ou pire, ça dépend du point de vue, interminable avec les spindrifts qui nous obligent à serrer les capuchons ; ça ressemble toujours à un sport de maso quand on n’en a pas fait depuis un moment. Après plus de 50 mètres et un long, long combat. Matt installe un relais dans une niche avec la seule broche qui lui reste et 2-3 bricoles ; à moi. C’est chiant d’être en second, on repart congelé, il y a les traversées, les cordes qui vont se coincer, les piolets qui ne sont jamais au bon endroit quand il faut débrocher ; au relais, exténué, foutu, je redescendrais bien, car l’heure tourne. Mais il semblerait que la sortie soit toute proche. Nous sommes plus haut que prévu, Matt n’a pas pu suivre la ligne du topo où devait se trouver un relais, si ça se trouve, on a déjà fait un bon bout de la dernière. Bon, allons voir, mais sans traîner, pourvu qu’il n’y ait pas de surprise. Heureusement, après 10 mètres verticaux, c’est la sortie, avec deux beaux spits. Retour sans problème, en 2x 60 mètres surplombants, la classe !


Le retour à ski avec gros sac et chaussures à lacets ne se fait pas sans peine non plus, mes jambes ne tiennent pas. Puis, nous tapons notre choppe, comme des bienheureux, avant de reprendre la route en parlant de projets qui sont comme d’habitude, toujours nombreux, même si c’est un sport de brute.
Bravo Matt, tu as brillé aujourd’hui dans cette ligne peu connue mais majeure de Suisse centrale qui rappelle fortement NIN, sa grande sœur, c’était en 2018, déjà

Galerie photo

Cascade "schöne Bescherung", au pied du Spannort, Engelberg, 2026
Cascade "schöne Bescherung", au pied du Spannort, Engelberg, 2026

Un bien joli morceau, sauvage et peu fréquenté, sous le Schlossberg, un caillou que nous nous réjouissons de retrouver cet été
Un bien joli morceau, sauvage et peu fréquenté, sous le Schlossberg, un caillou que nous nous réjouissons de retrouver cet été

Matt dans le seconde longueur, la plus raide
Matt dans le seconde longueur, la plus raide

En grand angle, avec le Titlis
En grand angle, avec le Titlis

Ce beau caillou sec en arrière plan se nomme "le gendarme du Schlossberg", vivement l été ;-))
Ce beau caillou sec en arrière plan se nomme "le gendarme du Schlossberg", vivement l été ;-))

Le bastion du haut, délicat
Le bastion du haut, délicat


Le soleil... on est en février depuis aujourd hui
Le soleil... on est en février depuis aujourd hui

Un dernier relais bien agréable
Un dernier relais bien agréable

La dernière goulotte toute molle, heureusement qu il y a un relais béton
La dernière goulotte toute molle, heureusement qu il y a un relais béton

Ca chauffe
Ca chauffe

Conditions du 7 janvier 2026 au Forgeron, Pichou, ça a bien dû changer depuis
Conditions du 7 janvier 2026 au Forgeron, Pichou, ça a bien dû changer depuis

Anzère ice park, 2024
Anzère ice park, 2024

Val de Bagnes, cascade de Bonatchiesse 2024
Val de Bagnes, cascade de Bonatchiesse 2024

Teufelkessel, avec le Clariden, et le but du jour apparaît
Teufelkessel, avec le Clariden, et le but du jour apparaît

Rape of innocents, y a pas plus facile pour une première de la saison...
Rape of innocents, y a pas plus facile pour une première de la saison...

déjà un monstre combat pour atteindre ce satané premier spit
déjà un monstre combat pour atteindre ce satané premier spit

puis c est bizarre, le terrain est peu amical
puis c est bizarre, le terrain est peu amical

vu du haut, on ne voit toujours que les replats, et pourtant
vu du haut, on ne voit toujours que les replats, et pourtant

seconde longueur, pas mal pour un début de saison
seconde longueur, pas mal pour un début de saison

et la troisième, mieux ou pire?
et la troisième, mieux ou pire?

Relais!
Relais!

Ouf, la sortie
Ouf, la sortie

Matt
Matt