Les courses de jeunesse 1990 - 92, la trilogie plus une belle cerise sur le gâteau.

Eiger 1992


Suite et fin de la trilogie et de la saga des habits fluos. Il y a 30 ans, pendant nos vacances de noël et nouvel an, avec Gazeux et Christophe, nous réalisions le rêve un peu fou de grimper la face nord de l’Eiger en hiver.


Pas de traces, pas de réseaux sociaux non plus, donc pas plus d’infos que ça, un ciel bleu d’azur et des températures qui font réfléchir si c’est prudent d’y aller ou pas. C’est avec un cœur « gros comme ça » que nous nous engageons dans la voie de 1938.


Souvenirs glacés de ces journées beaucoup trop courtes et de ces interminables bivouacs. La nuit, la station météo la plus proche mesurait -28°.


Frayeurs lorsque je m’étais envolé, sans mal heureusement, avec le champignon de neige qui obstruait la cheminée de la rampe. Du coup, ce bouchon éclaté nous a ouvert la porte vers le haut.


Moments de doutes dans les fissures de sortie quand, brassant de la neige jusqu’à la taille, j’ai aperçu ce piton dans un mur sur la gauche, il m’a permis de rejoindre une goulotte certes un peu plus facile mais terriblement expo, évitant ainsi la fissure de quartz. Soulagement quand, débouchant au bivouac Corti juste au-dessus, un spit m’a permis d’assurer correctement mes deux potes qui devaient penduler afin de rejoindre la glace.


Soulagement aussi pour nos proches et nos amis qui étaient venus nous voir au travers des télescopes de la Petite Scheidegg. Puis le soir quand, alors qu’ils entraient dans la voiture qui allait les ramener à Tavannes, ils pouvaient distinguer nos faibles loupiottes sur l’arête sommitale ; p*****, ils l’ont sortie… Ce soir-là, il y a eu de quoi jazer à la table ronde du Terminus, les doigts croisés pour que la sournoise descente se passe au mieux pour nous.


Nirvana total pour nous trois, lorsque nous avons fait santé, pour la première fois depuis quelques jours, au bistro d’Eigergletscher. Puis douche froide quand nous avons trouvé la 2CV ornée d’un PV à l’essuie-glace, de plus elle ne démarrait plus, la batterie était morte et la bouteille de champagne qui nous attendait sur la banquette arrière était gelée.


Maintenant, quand je lis sur la toile une cotation de 5c A0 V P3 5+ M5, ça me fait quand même sourire, où est la poésie dans tout cela ? L’alpinisme, ça devient un peu comme tout le reste, que des chiffres. Pourtant la montagne se contrefout de tout cela, elle vit au rythme des tempêtes et des canicules. Pour nous, il s’agissait de grimper du V sup exposé, avec piolets et crampons, ça nous suffisait amplement pour comprendre que nous n’allions pas faire les malins là-dedans. Le plus beau pourtant, c’est que nous y avons été seuls.


Tout ça s’est passé il y a 30 ans, j’en avais 18, l’époque a changé depuis, il faut vivre avec son temps et s’adapter. L’essentiel est de ne jamais perdre la flamme, quoiqu’il arrive ; et être reconnaissant d’avoir des copains fabuleux. Merci les gars, c’était top !


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Freney et Walker 91


Durant ces jours-ci, il y a 30 ans, je vivais une semaine d’enfer au 7e ciel avec mon pull et mon casque „vintage“ des années 90.


En effet, c’est à cette période de l’année 1991 que j’ai eu la chance de pouvoir grimper 2 des plus beaux rêves alpins. Le 1er septembre nous sortions de la Walker aux #grandesjorasses dans le mauvais temps avec mon ami René, une belle expérience, marquante sur plus d’un point.


Une semaine auparavant, le 25 août 1991 à minuit, je me tenais au sommet du Mont-blanc entouré de Toto et Christophe. Nous étions montés sur la grande bosse par le #piliercentraldufreney


J’avais alors 17 ans, entre ces deux „excursions „ alpines, j’étais allé faire marcher le système en suant de tous mes pores ☠️pour mon patron. Dans ma tête, je savais déjà que mon avenir ne se figerait pas a moisir dans une usine, il était déjà tout tracé.


Troisième volet „nostalgie „ de la trilogie , ou la saga du pull violet, dans un peu plus d‘un an.


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Cervin 90


On ne va pas se la jouer nostalgique, mais aujourd’hui 22 juillet 2020, ça fait 30 ans que je gravissais la face nord du #Cervin, mon premier évidemment, avec mon pote Christophe, qui avait oublié son casque et avait mis le rouleau de PQ à la place sous son bonnet. J’avais à peine 16 ans.


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Les courses de jeunesse


Dans les années 80, alors que je connaissais par coeur les courses décrites dans les 100 plus belles de Rébuffat, que ce soit du Mont-Blanc, du Valais ou de l'Oberland Bernois, un exploit médiatisé retenu particulièrement mon attention. Christophe Profit enchaîna en été, puis en hiver les 3 faces nord les plus mythiques des Alpes à la suite: celle du Cervin, de l'Eiger et des Grandes Jorasses. Comment était-ce possible, me demandais-je ? Moi qui me récitais encore les descriptifs et les horaires de la course n°100 de l'Oberland ou encore la 89 du Valais?


C'est peut-être ce "coup-là" qui provoqua chez moi l'étincelle, mais je ne pensais pas que cela irait si vite. Maintenant, avec du recul, même si nous étions prudents, je pense avoir eu pas mal de chance. En juillet 1990, avec mon ami Christophe, nous débarquions à Zermatt avec comme idée le Cervin. Nous rentrions des Grisons où je venais de faire ma première course glaciaire. A ce moment-là, nous pensions au sommet, à rien de plus. Une sorte de magnétisme et une motivation démesurée nous fit rêver à la face nord... Et pourquoi pas, finalement? En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, nous débarquâmes à la cabane Hörnli. La gardienne (salut Renate!) se souvient encore bien de ce gamin haut comme trois pommes annonçant, peut-être avec un peu d'appréhension, que sa cordée allait attaquer la face nord.


La suite est difficile à décrire, je me souviens de la courte nuit blanche jusqu'au réveil fixé à minuit. De la glace s'amincissant sur des dalles délicates, des choix difficiles (laisser les crampons ou les enlever?). Du manque singulier de terrasses pour souffler un peu, et bien sûr de certains blocs gros comme des autobus qui nous ont frôlés. En fin d'après-midi néanmoins, nous nous dressions au sommet de la voie Schmidt, sur notre premier Cervin! Du haut de mes 16 ans, cette expérience m'avait marqué. Et maintenant, quand j'y repense, c'était comme une parenthèse, un peu flippante. Mais c'est cette ascension qui a tout déclenché.


L'année suivante, je planifie à l'avance la Walker aux Grandes Jorasses pour un week-end prolongé de septembre avec René, que nous réussissons dans une météo mitigée. Entre temps, une semaine avant, avec Toto et Christophe, nous sortions la course n° 100 du Mont-Blanc , le pilier du Freney, une "excursion" du même acabit mais au soleil.


Il me manquait ce qui est peut-être le plus gros morceau, l'Eiger. Mais le respect nous en tenait à distance, surtout en été quand on entendait les chutes de pierres en buvant des bières à la Petite Scheidegg. Et malgré quelques timides tentatives, nous savions qu'il fallait tenter cette voie en hiver. En mars 1992, au moment où Catherine Destivelle réussit la face en solo, je me prends un gadin à skis qui m'envoie dans le coma pour 4 jours. Certains médecins sont sceptiques quant au fait que je refasse de la montagne un jour. Mais grâce à une volonté inébranlable, la convalescence se passe rapidement.


Le grand rendez-vous a lieu du 27 au 29 décembre de la même année en compagnie de Christophe et Gazeux. La voie de 1938, dépourvue de toutes traces de passages, nous accueille à bras ouverts. Tout se passe bien malgré les gros bouchons de neige dans la rampe et dans les fissures de sorties. Un dernier bivouac glacial au sommet et nous retrouvons la civilisation.


Nous ignorions encore qu'au village chez nous, ça "jazait": à la boucherie, à la droguerie, les gens étaient au courant. Et ce que nous savions encore moins, c'est que les longues-vues de la Petite Scheidegg avaient été visitées tous les jours par différents amis et parents. Même si nous avions plus ou moins tu nos projets de vacances de Noël, les potes pouvaient raconter en "live", à la table ronde du Terminus, ce qui se passait du coté de Grindelwald. Une sorte de loft, mais au frigo. Nous sommes rentrés fatigués mais z'heureux avec des petites gelures aux orteils. Et nous l'avons fêté dignement.


Pour moi, ce fut une étape de franchie, et je pouvais avoir d'autres montagnes en perspective. Ce que j'en ai retenu, c'est qu'il faut profiter des opportunités à faire de belles choses, mais toujours regarder son objectif droit dans les yeux, et le respecter. Rien n'est facile, même si certaines personnes, qui sont complètement blasées, le prétendent. Il y a un dilemne intéressant: "un bon alpiniste est un vieil alpiniste", mais pour être vieux et parler de ses exploits, il faut être, ou avoir été, bon. Pour être bon, il faut avoir accumulé pas mal d'expériences plus ou moins douteuses, donc, il faut quand même avoir eu pas mal de chance.


"Dis gros, tu te rappelle à l'Eiger? On était quand même des sacrés vaches! Allez siouplaît pat'on, encore une tournée..."


NZ 04.09.07

Galerie photo

En 1979 sur le Riffelhorn
En 1979 sur le Riffelhorn

Face nord du Cervin
Face nord du Cervin

glups!! qu est ce que je fous là?
glups!! qu est ce que je fous là?

Face nord du Cervin, toujours moins de glace sur ces dalles, ça devient délicat
Face nord du Cervin, toujours moins de glace sur ces dalles, ça devient délicat

Face nord du Cervin
Face nord du Cervin

Face nord du Cervin
Face nord du Cervin

Face nord du Cervin, à l aplomb de l épaule du Hörnli
Face nord du Cervin, à l aplomb de l épaule du Hörnli

La grande rampe
La grande rampe

La sortie
La sortie

La vie est belle
La vie est belle

La majesté de l envers du Mont-Blanc avec le refuge Monzino
La majesté de l envers du Mont-Blanc avec le refuge Monzino

Le pilier central du freney est la petite pointe en haut à droite
Le pilier central du freney est la petite pointe en haut à droite

Pilier central du Freney
Pilier central du Freney



La chandelle
La chandelle


la chandelle
la chandelle

Face nord des Grandes Jorasses
Face nord des Grandes Jorasses

Eperon Walker
Eperon Walker

Eperon Walker
Eperon Walker

Dans les dalles noires
Dans les dalles noires

Dans les dalles noires, le temps se gâte
Dans les dalles noires, le temps se gâte

Vacances de Noël au frigo, Eiger
Vacances de Noël au frigo, Eiger




2e névé
2e névé

Vue sur la rampe
Vue sur la rampe

La cheminée de la rampe
La cheminée de la rampe

La traversée des dieux
La traversée des dieux