La face nord des Droites en solo

Quand je repense à cette histoire, 10 ans après, j’en tremble encore. En cascade, quand je dois désancrer l’un de mes engins, même si l’autre inspire confiance, j’ai parfois peur, et ceci depuis mon solo de la « Ginat ». Ce souvenir reste l’un de mes plus intenses au niveau émotionnel. Mais j’ai dû y laisser une partie de mon cerveau. Pour cette raison, même si les impressions furent magiques, on peut dire que je ne suis pas un adepte du solo.

Il faut dire que cette face représentait pour moi un mauvais souvenir puisque, quelques années auparavant, j’y avais été hélitreuillé en état d’hypothermie en compagnie d’un ami. Ce dernier n’étant pas « chaud » (c’est le bon mot) pour retenter l’aventure, je m’étais conforté dans l’idée d’aller «faire un tour» seul.

C’est ainsi que je me retrouve, le 31 janvier 1997, au refuge d’Argentière à discuter avec deux grimpeurs catalans autour du réchaud. Je me demande sérieusement ce que je fais là, en voyant cette paroi raide et austère prête à me croquer. Mais les catalans me mettent en confiance pour mon ascension. Il me disent surtout que, en cas de problèmes, je les attendrai sagement pour sortir de la face avec eux. Cette opportunité se révèle, pour moi, déterminante.

Ainsi, à petits pas, nous marchons tous les trois jusqu’à la rimaye. Nous la franchissons en nous souhaitant « bonne chance ». Depuis là, je ne les ai plus jamais revus (on s’est écrit par la suite). C’est typiquement le genre d’ascension où l’assurage prend un temps considérable. Après 600m, aux aurores, les premières difficultés sont devant moi. Je dois m’appliquer à faire des ancrages « bétons ». Au final, ce qui m’aura le plus épuisé, ce sera de ressortir mes piolets de la glace, en particulier dans la dernière longueur, très gazeuse. A la mi-journée, je suis dans la brèche de sortie, tremblotant…

Grâce à mes petits skis, je rallie Chamonix au soleil couchant, non sans avoir pris quelques bonnes gamelles. Objectivement, la descente à ski est la partie la plus dangereuse de la journée. Je suis vacciné pour cette saison 1997, et souvent par la suite, dans mon premier sommeil du soir, je me réveillerai en sursaut tombant dans le vide sur un grand mur verglacé.

En février 2003, je me retrouve dans cette face, en compagnie de Denis Burdet pour la « Colton / Brooks ». Nous sortons la corde après les 600 premiers mètres, au pied des vraies difficultés. Nous jouissons d’une ascension sans problèmes, dans notre ambiance favorite, de franche rigolade. Les raquettes, moins rapides que les skis, nous permettent quand même de passer une bonne nuit au Couvercle avant de retourner dans la vallée. Et là, nous lorgnons sur les Jorasses et les goulottes Mac Intyre, mais ce ne sera pas pour cette année-là.


Pour plus d'informations...

Le lien sur une ascension fulgurante dLe lien sur une ascension fulgurante d'Ueli Steck en 2010

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3 petits point dans la "Ginat"
3 petits point dans la "Ginat"

Mes compagnons de cordée
Mes compagnons de cordée

Le solo, un truc nul pour les photos
Le solo, un truc nul pour les photos